« Sur les chemins noirs » de Sylvain Tesson

"Sur les chemins noirs" - Couverture - Source : www.decitre.fr

« Sur les chemins noirs » – Couverture – Source : www.decitre.fr

Sylvain Tesson est écrivain, géographe, voyageur, grand marcheur. Son truc : vivre et dormir dehors, traverser les grands espaces, griffonner ses impressions.

En 2014, ce « stégophile » (= qui aime escalader les toitures) chute d’un toit et se retrouve en miettes, dix mètres plus bas. Trois mois plus tard, l’issue du traumatisme ne sera pas seulement une sortie d’hôpital mais aussi une fugue géographique. Tesson veut « ficher le camp ». Ou, précisément, « ficher la campagne » : « des motifs pour battre la campagne, j’aurais pu en aligner des dizaines. Me seriner par exemple que j’avais passé vingt ans à courir le monde entre Oulan-Bator et Valparaiso et qu’il était absurde de connaître Samarcande alors qu’il y avait l’Indre-et-Loire. » (p. 17-18)

L’idée de Tesson est très simple : existe-t-il encore une France où il est possible de fuir la modernité et la vitesse ? Une France épargnée par « l’aménagement du territoire » ? La réponse, il la trouvera par les aménageurs eux-mêmes, dans un rapport sénatorial de 2014 intitulé : « Hyper ruralité. »

Ce rapport, page 7, expose « le problème » des régions françaises hyper-rurales : « 26% du territoire accueillent seulement 5,4 % de la population française et se distinguent, outre la faible densité de population, par le vieillissement, l’enclavement, les faibles ressources financières, le manque d’équipement et de services, le manque de perspectives, la difficulté à faire aboutir l’initiative publique ou privée, l’éloignement et l’isolement sous toutes ses formes. En un mot : un entassement de handicaps naturels ou créés. »

Rien de tel que ces « handicaps naturels ou créés » pour que « l’handicapé » Sylvain Tesson se rende sur place. Pendant deux mois et demi, l’écrivain va ainsi suivre cette carte de l’hyper-ruralité, du Mercantour jusqu’au Cotentin. Ce pari va se doubler d’un autre : non pas suivre les chemins de traverse et les sentiers battus de cette France encore épargnée par le « développement économique » mais emprunter les « chemins noirs », ces fines lignes des cartes IGN au 1/25000e. Pour Sylvain Tesson, ces contraintes sont des libertés : « là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre. » (4e de couverture).

Le résultat est à la fois un journal intime et un grand livre géographique qui prend le contrepied de 60 ans d’aménagement du territoire.

L’ouvrage est disponible à la BU de lettres à la cote F 325117.

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