Des agrumes au XVIIe siècle

Hesperides / Giovanni Battista Ferrari.- Rome : Hermann Scheus, 1646 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, Kg 9)

Pendant les mois de janvier et de février, la BU de Médecine-Pharmacie expose un ouvrage du Fonds ancien de l’Université de Poitiers, Hesperides sive De malorum aureorum cultura et usu libri quatuor, une œuvre remarquable sur les agrumes réalisée par Giovanni Battista Ferrari et publiée à Rome par Herman Scheus en 1646. Une présentation de l’ouvrage vous est proposée le 31 janvier de 13h à 13h30 (entrée libre sur inscription auprès de Karine Furcy : karine.furcy@univ-poitiers.fr).

Le livre

Membre de  l’Academia dei Lincei fondée en 1603 à Rome, Cassiano Dal Pozzo (1588-1657) rassembla dans le Museo cartaceo, un « musée de papier », deux mille dessins collectant les savoirs du XVIIsiècle. La collection était composée de deux parties, l’une sur l’archéologie et l’autre sur l’histoire naturelle. Dans la seconde, se trouvaient la botanique, la zoologie et la mycologie.

La série la plus célèbre de ce musée de papier est celle sur les agrumes que Cassiano Dal Pozzo commanda au Père Ferrari et qui fut publiée sous le nom Hesperides sive De malorum aureorum cultura et usu libri quatuor. Cet ouvrage est remarquable par la qualité des textes et des illustrations. La présentation des agrumes est très complète. L’auteur rappelle ce que la mythologie disait de ces fruits, présente les connaissances naturalistes du temps, précise dans quelles recettes on peut utiliser les agrumes et explique également comment les cultiver, en faisant accompagner son propos de gravures de bacs dans lesquels on peut les planter.

Auteur, dessinateurs et graveurs

L’auteur des textes, Giovanni Battista Ferrari (1584-1655), était un prêtre jésuite, originaire de Sienne, qui fut professeur d’hébreu pendant 28 ans au Collège romain. Il écrivit un autre traité de botanique, le De florum cultura, publié en 1633 à Rome et réédité en 1664 à Amsterdam, mais aussi de nombreux ouvrages de prières et un dictionnaire latin-syrien (Nomenclator syriacus, 1622).

Le frontispice est l’œuvre du grand peintre Pierre de Cortone. Les huit allégories poétiques ont été demandées à des artistes renommés également : Nicolas Poussin, Guido Reni, Giovanni Lanfranco et L’Albane illustrèrent l’arrivée des agrumes dans différentes régions d’Italie, tandis que Andrea Sacchi, Giovanni Francesco Romanelli et Le Dominiquin racontèrent par l’image l’origine de certains fruits monstrueux, issus de métamorphoses. Souvent, en effet, les grands artistes réalisaient le frontispice et les sujet nobles, qui pouvaient être rapprochés de la peinture d’histoire, première classée dans la hiérarchie des genres, tandis que ceux qui étaient vus comme « besogneux » s’occupaient du reste. Comme nous le voyons, les amateurs n’avaient pas beaucoup d’estime pour les ouvrages d’histoire naturelle.

Les dessins de botanique, qui présentent toutes sortes d’agrumes (soit par leur fleur, soit par la fleur et le fruit, soit avec le fruit seul, entier et coupé), mais aussi des fruits monstrueux, sont pour la plupart l’œuvre de Vincenzo Leonardi. Certains dessins peuvent être attribués à Giovanna Garzoni. Enfin, il faut citer également parmi les dessinateurs Petrus Paulus Ubaldinus, Filippo Gagliardi et François Perier. 118 dessins originaux ont été conservés, qui se trouvent aujourd’hui à la bibliothèque royale de Windsor et dans des collections particulières.

Les 79 planches de botanique, sur les 100 au total, ont été gravées par le Néerlandais Cornelis Bloemaert (qui s’occupa aussi des allégories avec Dominique Barrière), l’Italien Camillo Cungi, le Français Claude Goyrand et l’Allemand Johann Friedrich Greuter.

Postérité

Cet ouvrage fut l’un des premiers consacrés à une seule espèce. Il fut également le plus célèbre des livres sur les agrumes. Preuve de son succès, le citronnier de Médée, œuvre de Leonardi, a été copié par le dessinateur Pancrace Bessa et gravé par Georges François Marie Gabriel dans le Traité des arbres et des arbustes… ; Nouveau Duhamel. De plus, les Hesperides ont été abrégés dans l’Analysis Mali Citrei compendiosa de Hermann Grube. Après sa parution, la littérature sur les agrumes devint abondante.

L’exemplaire de l’Université de Poitiers

Différentes marques de possession laissées sur les feuillets liminaires montrent que l’ouvrage a appartenu à la Bibliothèque de la Faculté de théologie de Poitiers, puis à celle du Grand Séminaire de Poitiers, avant d’être saisi par l’Université en 1909 suite à la Séparation de l’Église et de l’État.

Pour en savoir plus

Die botanische Buchillustration : ihre Geschichte und Bibliographie / Claus Nissen. – 2. Aufl. durchgesehener und verbesserter Abdruck der zweibändigen Erstauflage, ergänzt durch ein Supplement.- Stuttgart : A. Hiersemann, 1966

David Freedberg, « From Hebrew and gardens to orange and lemons: Giovanni Battista Ferrari and Cassiano del Pozzo », dans Cassiano dal Pozzo : atti del seminario internazionale di studi, Napoli, Istituto Universitario « Suor Orsola Benincasa », 18-19 dicembre 1987 / a cura di Francesco Solinas.- Roma : De Luca, 1989, p. 37-72

The Paper Museum of Cassiano Dal Pozzo. A catalogue raisonné : drawings and prints in the Royal Library at Windsor Castle, The British Museum, the Institut de France and others collections. Series B-part one. Citrus fruit / Arthur Mac Gregor and Jennifer Montagu.- London, 1997

Cassiano Dal Pozzo’s paper museum: drawings from the Royal collection / Henrietta McBurney.- Edinburgh : National Gallery of Scotland, 1997

I Segreti di un collezionista : le straordinarie raccolte di Cassiano dal Pozzo 1588-1657 : Biella,Muséo del Territorio Biellese, 16 Décembre 2001-16 Mars 2002 / a cura di Francesco Solina.- Roma : De Luca, 2001

Le livre de botanique : XVIIe et XVIIIe siècles / Madeleine Pinault Sørensen.- Paris : Bibliothèque nationale de France, 2008

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