Que savait-on de la baleine au début de l’époque moderne ?

Biblia sacra cum glossa ordinaria. – Douai : Balthazar Bellère, 1617 (Poitiers, Bibliothèque universitaire, Fonds ancien, Folio 805)

Le lundi 12 décembre à 18h et le vendredi 16 décembre à 12h vous sont proposées deux séances de l’Heure du livre ancien, intitulées Jonas a-t-il été avalé par une baleine ? Merveilles et monstres marins à la Renaissance. À cette occasion, en examinant plusieurs représentations de baleine de la Renaissance, on cherchera à comprendre ce que l’on savait aux XVIe et XVIIsiècles de cet animal, qui à l’époque médiévale était surtout connu grâce aux légendes rapportées dans les bestiaires.

Des monstres ?

La Cosmographie universelle / André Thévet. – Paris : Guillaume Chaudière, 1575 (Poitiers, Bibliothèque universitaire, Fonds ancien, XVIg 1775)

Souvent, au début de l’époque moderne, les étendues marines des cartes étaient peuplées de monstres marins, qui avaient plusieurs fonctions : rappeler des épisodes de la littérature merveilleuse (souvent considérée comme véridique) et localiser les dangers potentiels sur une carte, mais aussi être un ornement du livre, qui traduisait la variété du Vivant et les talents de l’artiste.

Certains de ces monstres avaient, comme la baleine, des évents, par lesquels sortaient de grandes quantités d’eau. Outre ce détail réaliste, qui était souvent vu comme une preuve de la puissance de l’animal, ces mêmes créatures avaient en général des dents. Était-ce un moyen pour l’illustrateur de souligner le caractère terrifiant de la baleine, habitant la mer, une étendue réputée particulièrement hostile ? Les dents n’étaient-elles pas un autre détail réaliste renvoyant à une particularité de l’animal observée par les marins durant leurs expéditions au long cours, de plus en plus nombreuses ? La seconde hypothèse est d’autant plus séduisante que les cachalots ont des dents et que, du fait de leur grande taille, ils pouvaient être confondus avec les baleines.

Des représentations de plus en plus réalistes

Introduction à l’écriture Sainte / Bernard Lamy. – Lyon : Jean Certe, 1699 (Poitiers, Bibliothèque universitaire, Fonds ancien, M 7580)

En effet, durant la Renaissance, le goût pour le merveilleux s’affadit peu à peu, tandis que les traités de zoologie cherchaient à enregistrer la nature par l’image (Laurent Pinon) de manière aussi fidèle que possible.

Par exemple, l’iconographie de la baleine accompagnée de deux baleineaux a été proposée par Conrad Gesner, un grand naturaliste du XVIsiècle, qui rappelait que, depuis Aristote, on savait que les baleines allaitaient leurs petits. Certains auteurs lui empruntèrent cette représentation, tel l’homme de foi Bernard Lamy. Il n’était pas rare du reste qu’une image fût réutilisée dans un autre ouvrage, le plus souvent sans que l’auteur en ait été informé : par exemple, Gesner a emprunté à Olaus Magnus l’image de la baleine attaquant le navire et Ambroise Paré a beaucoup puisé chez Gesner.

L’Histoire entière des poissons / Guillaume Rondelet. – Lyon : Macé Bonhome, 1558 (Poitiers, Bibliothèque universitaire, Fonds ancien, XVI 315)

Guillaume Rondelet, quant à lui, faisait preuve d’un grand esprit critique et il évacua presque toutes les créatures merveilleuses de ses écrits. Professeur de médecine à Montpellier, ce grand savant du XVIsiècle a échangé des informations avec Pierre Belon, qui publia ses écrits à la même époque que lui, et, de fait, on observe dans leurs deux ouvrages beaucoup de parentés pour ce qui concerne l’iconographie, probablement largement empruntée par Belon à Rondelet. L’un de ses ouvrages, consacré aux poissons de mer, principalement de Méditerranée, remporta un très grand succès ; ses illustrations, très précises, furent utilisées jusqu’à la fin du XVIIsiècle.

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